Un anniversaire de plus, un anniversaire de moins, rien ne se voit, rien ne se devine, rien ne s’imagine, rien ne bouge. Elle est là, Liliane, avec ses X printemps. X, c’est normal car son fils Alain a fait l’X, Francis a fait l’X, et elle est évidemment heureuse comme Félix, Félix le chat bien sûr.
Souriez. Ne m’embrassez pas, gardez vos virus, vos bactéries et vos miasmes. Je vous aime à travers moi, ma vie, les trépidations de ma vie, les sauts et soubresauts de ma vie. À travers le monde, arrêt sur image en Bretagne, en Israël, en Patagonie, en Italie, au Japon, en Pologne que sais-je encore.
En toutes régions où l’art lyrique s’entend, se voit, se déclame, se discute et ce jusqu’à l’épuisement. Opéra-Bastille, tu es là à côté de moi, je file à Vérone, vers tant d’endroits qui sentent bon l’opéra aussi bien à Londres qu’à Séville, Césarée ou Buenos Aires.
Il y a le monde de l’opéra, celui du musée de Tel-Aviv, le monde de la Californie, celui de Bretagne, le monde d’ici, le monde d’ailleurs, le monde des Amis, le monde de la famille, celui des sœurs, celui des chats, celui d’en haut, celui d’en bas. Le monde des lettres, sans précieuse ridicule, le monde des arts, sans peintre barbouilleur, le monde de la musique sans fausse note, trois bémols à la clé aurait dit Wolfgang Amadeus ici dans ses sonates à trois temps, le monde aussi du cinéma en tous genres.
Qu’avez-vous vu récemment vous ?
Il y a aussi le monde de la magie, le monde des cartes, du tarot, le monde inconnu, le monde sub-réel et celui de la vraie divination. Montrez-moi votre main, je vous dirai qui vous êtes et où vous allez.
À côté de cela, il y a le monde des lentilles, des légumes bio et détox, des soupes variées, le monde de ceux qui infusent et qui refusent le vieillissement à ceux qui l’ingèrent. Les micros, les macros, les macrobiotiques, ceux qui font courir vers les Pyrénées à cheval sur la Toyota Celica revisitée, valeur inestimable d’un coupé qui lui colle à la peau.
Et vous la connaissez aussi Liliane, des bains, des douches, des spas du thermal et de l’eau de Lourdes. Vous la connaissez aussi, Lilibar, ses visages, ses bouches, ses lèvres. Ne m’embrassez pas ! Vous le savez, les virus, les bactéries, les parasites m’épouvantent.
Vous connaissez sa passion pour l’art lyrique, sa passion pour la macrobiotique, sa passion pour les fromages de chèvre et de brebis, pour les gâteaux au chocolat et les “linzertorte”, sa passion pour Nicole, pour ses amis et pour ses spectres, ses fantômes, ceux qui sont là derrière le rideau toujours présents. Vous les connaissez bien sûr : Benjo, Nathalie, Francis, Bagheera, pas la panthère, l’autre. Ils sont apparus un instant pour cet anniversaire, et repartis aussitôt, invités à goûter au buffet immuable, taboulé à la libano-lilanesque, saumon fumé, les très célèbres boulettes, keftas lilianesques aux senteurs prononcées d’Orient, les salades d’endives et raisins de Corinthe, le tarama extra. Souvenir ému de Pinto qui a fermé boutique, mais on sait où se rattraper.
Tout le monde est invité ensuite dans les sous-sols, à danser, sur des musiques de Charleston, de disco, de Claude François, de paso-doble, sur des CD éternels et perpétuels, tous derrière Sauveur et sous la baguette discrète du Maître de ballet Salieri. Point d’orgue, point de croix, point d’honneur.
À l’an qui vient, si nous ne sommes pas plus nombreux, que nous ne soyons pas moins nombreux.
Point final.
Michel Blum. 14/1/2017″ 81ème anniversaire de Lili.
